L'arméee privée de Kasongo Nyembo

Jean-Pierre SONCK

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Bandes armées de la BBK région Kabongo oct 1960

Guerriers du grand chef  baluba Kasongo Nyembo 1960

Le cdt Lamouline, chef d'état-major du bataillon baluba avec col Weber et les lts Crohé et Stock 1961

Le couvent des soeurs de Kabongo transformé en position défensive

Le couvent des soeurs transformé en position défensive

Le grand chef baluba Kasongo Nyembo avec Tshombe 1961

Le grand chef baluba Kasongo Nyembo avec Tshombe 1961

Muganga, sorciers de la chasse

Paras indonésiens et rebelles

Police créée grâce au grand chef baluba Kasongo Nyembo 1960

Police Militaire de Kamina 1960

Rebelles et casques bleus indonésiens à la gare de Kabongo

 

Grégoire Nkulu, Baluba de la Conakat tué à Kabalo par les rebelles

Sedwe

Combats fratricides

Au 19e siècle, l’empire des Baluba Shankadi, dont la langue est le Kiluba, s’étendait sur une vaste partie du Nord Katanga. Cet empire gouverné par un « mulopwe » (empereur) avait tous les attributs d’un état et se divisait en grandes chefferies qui étaient pour ainsi dire des petits royaumes. Ces chefferies vassales étaient elles même divisées en chefferies plus petites. La coutume voulait que mulopwe soit remplacé par son fils aîné ou, le cas échéant, par un autre de ses fils ou un parent choisi parmi ses collatéraux. Vers 1860, le mulopwe des Baluba Shankadi décéda et son fils aîné Kasongo Kalombo lui succéda. Les complots étaient courants car tous n’acceptait pas la coutume et ses frères et un de ses oncles s’allièrent pour le détrôner, mais leurs guerriers furent mis en déroute par Kasongo Kalombo qui fit exécuter ses frères. Seul son cinquième frère put se sauver en se réfugiant dans sa belle famille à Kikondja. Le nouveau mulopwe restaura son pouvoir à force de sévérité et de cruauté, s’appuyant sur son armée de guerriers qui se croyait invincible grâce à la puissance du « Bwanga », sorte de potion magique que ses sorciers (muganga) confectionnaient. Ces spécialistes de la magie superstitieuse étaient également des médecins qui soignaient le mal ou le mauvais sort. A la mort de Kasongo Kalombo en 1886, la traditionnelle guerre de succession pour le titre de mulopwe éclata entre l’héritier Kasongo Nyembo et ses frères. Le nouvel empereur des Baluba dut mener une guerre sans merci pour assurer son pouvoir et il réussit à éliminer plusieurs de ses frères, mais Kabongo lui résista. L’Empire des Baluba Shankadi s’affaiblit dans une série de conflits entre les deux frères et il ne put résister aux pressions exercées par M’Siri, chef souverain de l’état du Garenganze dont les ancêtres avaient émigré au Katanga au 19e siècle à partir du Tanganyika. Sa puissante armée sortait fréquemment victorieuse des combats. En1891, l’expédition conduite par le capitaine Paul Le Marinel, représentant l’Etat Indépendant du Congo de Léopold II, traversa le nord du Katanga en direction de Bunkeya, capitale de M’Siri. Le capitaine Le Marinel espérait obtenir le ralliement de M’Siri et des Bayeke à l’Etat Indépendant du Congo, mais lorsqu’il traversa la région avec trois officiers Belges, 180 soldats de la la Force Publique (FP) et des dizaines de porteurs, l’empire des Baluba Shankadi était en effervescence suite aux conflits entre les deux prétendants au titre de mulopwe. Il fut reçu par Kasongo Nyembo qui offrit son ralliement à l’Etat Indépendant du Congo en échange d’une aide militaire pour éliminer son frère Kabongo. Le capitaine Le Marinel accepta et les guerriers Kabongo furent mis en fuite. Il reprit sa route vers Bunkeya avec ses soldats, mais après son départ, le chef Kabongo, qui s’était réfugié à Mulenda, s’allia à une centaine de mutins batetela de la Force Publique qui avaient déserté la garnison de Luluabourg avec leurs armes et munitions. En juillet 1895, ils attaquèrent les guerriers de Kasongo Nyembo à Samba, village situé à 88 km du village de Kabongo sur la route de Kamina. Après un combat sans merci, le mulopwe Kasongo Nyembo fut forcé à la fuite et il trouva refuge à Kabinda, poste de l’Etat Indépendant du Congo situé au Kasaï. Toute la région comprise entre la Lomami et la Lovoi fut pillée par les les Batetela, mais ils furent finalement battus par le capitaine Michaux et le lieutenant suédois Svensson  près des sources de la Lomami. Se sachant battu, le chef Kabongo fit soumission à l’Etat Indépendant du Congo et se retira selon la coutume dans le village d’où sa mère était originaire. Pendant ce temps, Kasongo Nyembo se réinstalla à Samba. Afin d’affaiblir le pouvoir du mulopwe, l’Etat Indépendant du Congo divisa l’empire des Baluba en deux parties. Il fut partagé entre Kasongo Nyembo qui reçut la partie sud (Baluba Shankadi)  et le chef Kabongo qui reçut la partie nord (Baluba Bene Kabongo). Pendant la présence belge au Congo, la Force Publique maintint l’ordre avec fermeté et Kasongo Nyembo, qui n’acceptait pas le partage de son empire, entra en insoumission contre l’autorité coloniale. Son attitude lui valut la relégation à Buta dans la province orientale en 1918. Le calme revint dans la région des Baluba du Haut-Lomami lorsqu’il fut remplacé par son fils aîné Ilunga Umpafu Nkumwimba qui porta  le titre de Kasongo Nyembo et fut investi par les Belges. A la mort du grand chef Shakandi, son frère Kisuku reçut le titre de Kasongo Nyembo et après son décès, ce titre passa à Emmanuel Ndaye, dernier fils vivant qui était infirmier à Kabalo, port fluvial du Lualaba dont sa mère était originaire. Emmanuel Ndaye règnait sur les Baluba Shankadi avec le titre de Kasongo Nyembo lorsque la Belgique accorda l’indépendance aux Congolais le 30 juin 1960.

La sécession du Katanga

Le 16 juin 1960, l'assemblée du Katanga forma le gouvernement provincial par voie de scrutin et Moïse Tshombe fut élu à la présidence de la province la plus riche du Congo. C’était le fils du riche commerçant Joseph Kapend installé à Sandoa qui avait épousé la petite fille de l'empereur Mwata Yamvo Kaumbw Diur régnant sur les Lunda. Lors du décès du Mwata Yamvo Kaumbw Diur à Musumba en 1951, Ditend Mbakw, le beau-père de Moïse Kapend Tshombe, lui succèda sous le nom de Naweej III. L’influence des grands chefs coutumiers était prépondérante au Katanga et le ministère de l'Intérieur fut confié à Godefroid Munongo. Né le 20 novembre 1925 à Bunkeya, Godefroid Munongo était le petit-fils du grand chef des Bayeke M’Siri et son frère aîné Antoine L. Mwenda- Munongo était à l’époque le grand chef des Bayeke. Godefroid Munongo était un des membres fondateurs de la Conakat créé par des Katangais de souche dont il avait reçu la présidence en mai 1958. Le gouvernement Tshombe formé peu avant l’indépendance comprit les ministres Baluba Evariste Kimba, Valentin Ilunga, Cléophas Mukeba et Bonaventure Makonga. Le 9 juillet 1960, le gouvernement provincial que Godefroid Munongo présidait en l'absence de Moïse Tshombe, décida, dans le cadre de l'africanisation des forces de l'ordre, la nomination de huit commissaires et de neuf sous-commissaires congolais à la Police dont le recrutement s'effectuait généralement sur place, mais Godefroid Munongo ne promut aucun noir de la Force Publique au grade d'officier, car il n'ignorait pas que la fidélité des troupes du 1er Groupement était douteuse. Il est vrai qu'elle était composée en grande partie de congolais hostiles à la Conakat. L’indépendance approchait et dans la province du Katanga, la mise en place des institutions provinciales s’effectua en faveur de partisans de la Conakat. Les chefs coutumiers, dont des Baluba ralliés, furent nommés ministres d’état en juillet 1960 et reçurent chacun une voiture de fonction. Selon le gouvernement katangais, sur les 600.000 Baluba et Balubaïsés que comptait la province, 218.000 se rallièrent au gouvernement provincial du Katanga. La situation se détériora dans plusieurs localités du Katanga suite à la mutinerie des garnisons de la Force Publique, notamment celle du camp Major Massart d’Elisabethville, où était caserné le 12e bataillon d’Infanterie, et celle du centre d’instruction de Kongolo, dont les effectifs comptaient 1500 recrues. A Elisabethville, le commandant Janssens fut l’âme de la résistance contre les mutins avec la compagnie de Prévôté Militaire qui lui était restée fidèle et l’aide des officiers et sous-officiers européens de la garnison. Ils tinrent tête aux soldats révoltés du camp Massart jusqu’à l’arrivée des parachutistes venus de Baka le 10 juillet 1960 avec la compagnie de marche du bataillon "Libération" du major Weber. Le calme fut rétabli à Elisabethville et la majorité des mutins de la Force Publique fut démobilisée et évacuée vers le Kivu ou le Kasaï. Le 11 juillet 1960, le gouvernement du Katanga déclara la sécession de la province du reste du Congo malgré l’opposition de la Balubakat et le 17 juillet, le major Weber, commandant la compagnie de marche issue du bataillon "Libération",  fut nommé conseiller militaire de Moïse Tshombe avec le titre de commissaire extraordinaire. Il était subordonné au comandant de la base de Kamina, le col Van Lierde, pour maintenir l'ordre au Katanga avec les troupes métropolitaines. Ce titre lui fut confirmé ensuite par le Lieutenant Général Cumont, président le Comité des Chefs d'état Major (Cocem), ainsi que par la Mission Technique Belge (Mistebel). Après le retour au calme, la préoccupation principale de Godefroid Munongo fut d'assurer la sécurité du jeune Etat avec la Police et les soldats restés fidèles. Ces soldats formèrent la Gendarmerie Katangaise, composée initialement de pelotons d’une trentaine de gendarmes, de la 1ère compagnie de Prévôté Militaire du cdt Janssens, d’une compagnie de Transport et d’un groupe de reconnaissance équipé d’autoblindées M-8 Greyhound et de jeeps avec mitrailleuses. Le commandement de la Gendarmerie Katangaise fut confié au ltcol Jean-Marie Crèvecoeur qui s’entoura d’un Etat Major réduit composé d’anciens officiers de la Force Publique. Un de ses officiers, le capitaine De Troyer, fut envoyé au centre d’instruction de Kongolo pour intégrer les recrues d’origine katangaise dans la Gendarmerie. Le Katanga fut divisé en secteurs militaires par le ltcol Crèvecoeur et le commandant Van Damme reçut le commandement du secteur du Haut Lomami avec QG à Kaminaville (en réalité, ce n'était pas une ville, mais cette dénomination la distinguait de Kamina base). Il rejoignit ensuite le QG/FK à Elisabethville et fut remplacé par le major Barvaux. Le ministre de l'Intérieur Munongo était conscient de la faiblesse des effectifs de l’armée katangaise qui étaient à peine suffisants pour ses deux missions principales : il fallait défendre les frontières contre l’armée congolaise et maintenir l’ordre dans le Nord après le départ des troupes métropolitaines (ordonné par l’ONU suite à la visite de Dag Hammarskjöld à Elisabethville). Godefroid Munongo demanda à l’Etat Major katangais d’accélérer la formation de centres d'instruction pour renforcer la nouvelle armée katangaise. Une campagne de recrutement fut lancée dès le 15 août 1960 et le camp Simonet d’Elisabethville accueillit les 500 premières recrues. Parallèlement à l’engagement de  jeunes katangais, la Gendarmerie intégra dans ses rangs des officiers et sous-officiers de l’ex-Force Publique ou de Cométro comme conseillers militaires. La Mission Technique Belge chargée d’aider le Katanga recruta également des membres de l’administration coloniale comme conseillers civils de l’état katangais, notamment dans les ministères, à la Police, à la Sûreté, à la magistrature, à la Poste, dans les administrations des districts et de territoires etc. Les pelotons de gendarmes en garnison à Kaminaville, Kabongo, Manono et Kabalo furent confiés à des militaires belges passés au service du Katanga après la sécession. Les unités de gendarmerie demeurèrent temporairement en service dans leur garnison respective, mais elles étaient d’une fidélité douteuse. La plupart des gendarmes manquait de combativité et ne pensait qu’à rentrer chez eux. En tant que commandant de la base de Kamina, le colonel Van Lierde continua d’assurer le maintien de l’ordre jusqu’au retrait des Forces Métropolitaines, dont des éléments étaient cantonnés dans les localités isolées. C’est ainsi qu’un peloton de la compagnie de marche issue du bataillon des Grenadiers était en garnison à Kabongo. Son commandant effectuait des patrouilles régulières sur toute l’étendue du territoire de Kabongo pour y maintenir l’ordre et il se rendit également dans la région de Kitenge où des Européens vivaient complètement isolés. Avant son retour à Baka, le peloton de Grenadiers intervint à deux reprises contre des irréguliers qui s’attaquaient aux magasins de Kitenge, notamment à celui de M. Georgiou et à celui de M.Thiebaud. La sécurité de la base militaire de Baka était confiée au capitaine Verhaeghen, commandant l'Unité de Défense d’Aérodrome (UDA). Il était également chargé de patrouiller dans les localités entourant Baka  avec ses Scout Car White M3A1 et il avait pour mission de sécuriser les axes de communication Kamina-Kabongo et Kamina-Bukama empruntés  par les convois ferroviaires qui se dirigeaient vers Albertville, via Kabalo, ou vers Elisabethville. Le capitaine Verhaeghen assurait également l’escorte du ravitaillement destiné aux hommes de garde à la centrale électrique de la Kilubi. A Kamina, la situation évoluait en faveur de la Conakat Katangais grâce au mulopwe Emmanuel Ndaye qui avait conservé une forte emprise sur ses sujets baluba Shankadi. Kasongo Nyembo bénéficiait des conseils avisés de Charles Mahauden, ancien administrateur territorial assistant devenu une sorte de conseiller technique privé. C’était un excellent chasseur surnommé « Kisongokimo », celui qui tue d’une seule balle. Il  parlait le dialecte kiluba et connaissait très bien la région qu’il avait explorée de long en large avec des chasseurs baluba comme guide. Lors d’une tournée d’inspection de Moïse Tshombe et de son conseiller militaire le major Weber au Katanga fin juillet 1960, le président se posa à Kamina dans le but de s’entretenir avec Kasongo Nyembo dans sa résidence de Kinkuki. Le commandant Lamouline, officier de l’ancienne Force Publique, était de passage à Kamina lors de cette tournée d’inspection et il fut présenté à Moïse Tshombe. Cet officier  était disponible pour une mutation dans l’armée katangaise, mais le président  l’affecta dans le secteur de Kamina en tant que conseiller militaire du mulopwe Kasongo Nyembo. Dès sa désignation, le commandant Lamouline se mit à l’œuvre et le 12 août, la plaine d’aviation de Kaminaville fut obstruée de vieux véhicules pour empêcher l’atterrissage éventuel des appareils de l’ONU. Robert Lamouline prit son rôle de conseiller militaire très au sérieux et le grand chef Kasongo Nyembo lui donna carte blanche pour maintenir l’ordre dans la région avec quelques dizaines de guerriers baluba. Il mena plusieurs opérations vers la frontière avec sa petite troupe et les voies d'accès aux régions limitrophes du Kivu et du Kasaï furent rendues impraticables. Ces obstructions avaient pour but d’empêcher une invasion de l’armée congolaise par Kongolo, Albertville, Kaniama ou Kabongo. A l’époque, Patrice Lumumba avait mobilisé l’armée congolaise contre les sécessionnistes et des éléments des 1er, 2e et 3e Groupements de l’ANC se dirigeaient vers la frontière du Katanga. Les routes traversant la frontière furent minées et obstruées sur quinze kilomètres de long par des arbres abattus, les ponts furent détruits et les bacs coulés. Le 24 août, le rail fut coupé sur deux kilomètres entre le Kasaï et le Katanga et le pont sur la Lubilash fut miné par des spécialistes européens.

L’agonie de Kabongo

La circonscription de Kabongo était placée sous l’autorité du grand chef investi Dibwe Kalowa Boniface et elle englobait les deux tiers de ce territoire. Le grand chef était également sénateur coutumier du Katanga, mais il avait perdu beaucoup de son prestige et de son autorité pour avoir signé le 16 juillet 1960, l’appel des chefs coutumiers qui approuvait sans réserve l’indépendance du Katanga. En tant que sénateur coutumier de la Conakat, il avait reçu une magnifique Chevrolet Impala 1959 de couleur noire en récompense. Dibwe Kalowa Boniface se désintéressait de la situation, car la majorité de ses sujets s’étaient ralliés à la Balubakat par conviction et elle soutenait Jason Sendwe.  Né en 1917 à Kabongo, Jason Sendwe était le petit-fils du chef de Mwania (village baluba de la chefferie Kimbi). Il avait poursuivi ses études primaires et normales à la mission méthodiste de Kabongo et avait épousé une petite-fille de l’ancien grand chef Kasongo Nyembo destitué par les Belges. Les leaders de la Balubakat considéraient l’actuel Kasongo Nyembo, le grand chef Dibwe Kaloa Boniface et certains chefs baluba de moindre importance comme des traîtres de la Conakat car ils avaient signé l’appel des chefs coutumiers. Le chef-lieu du territoire de Kabongo se composait des bâtiments administratifs, d’une station de radiotélégraphie (TSF), d’un centre commercial, des bureaux du BCK (chemin de fer Bas Congo-Katanga), du CFL et du garage des MAS (Messageries Automobiles du Sankuru), de la mission catholique des RP du Saint Esprit, du couvent et de l’école des sœurs catholiques et des missions protestantes de la Congo Evangelistic Mission et de la Methodist Episcopal Mission, ainsi que des bureaux de la Cotanga et de la Bunge (sociétés cotonnières). Le centre industriel cotonnier de la Bunge était situé à quatre kilomètres de la localité sur la route de Kaminaville. Kabongo était relié à Kaminaville par le chemin de fer et par une route en terre de 193 km peu praticable en saison des pluies qui aboutissait à la voie macadamisée menant à Kamina Base. Le territoire de Kabongo  était une région giboyeuse avec des vastes étendues de savanes herbeuses, des galeries forestières et des savanes boisées. On y trouvait des animaux de toutes sortes vivant généralement en troupeau : éléphants, hippopotames, lions, antilopes et singes, dont des cynocéphales. C'est une région au climat tropical avec deux saisons : la saison sèche qui s’étend du mois de mai jusqu’au mois de septembre et la saison des pluies qui débute en octobre jusqu’en avril. Durant la deuxième partie du mois d’août, les forces de l’ONUC prirent la place des troupes belges qui abandonnaient les localités du Nord Katanga. Lors du départ des soldats belges, une grande partie de la population européenne et de la population congolaise étrangère à la région les suivit. La compagnie de casques bleus de l’armée éthiopienne qui avait remplacé les Grenadiers à Kabongo fut cantonnée à l’hôtel des MAS. Son chef prenait ouvertement parti pour les ennemis du Katanga alors qu’il était sensé assurer le maintien de l’ordre dans la région. Après le départ des troupes métropolitaines, la xénophobie des Baluba du territoire de Kabongo se manifesta ouvertement contre les quelques Européens et Congolais étrangers à la région qui étaient restés. Dominique Ilunga, aidé par le conseiller technique Paul De Strooper, ancien administrateur territorial, était chargé par le gouvernement katangais de l’administration du territoire de Kabongo qui comptait 95.000 Baluba, mais son autorité était quasiment ignorée par la population influencée par la délégation Balubakat de la localité. Les partisans de la BBK organisaient la résistance et les autorités administratives mises en place par la Conakat étaient particulièrement visées. Quant à la garnison de la Gendarmerie Katangaise, constituée d’un peloton d’une trentaine d’hommes, elle se révolta à la première occasion et demeura passive face à la rébellion. Ces gendarmes étaient commandés par le lieutenant Vuylsteke, provenant des Forces Métropolitaines comme de nombreux cadres de la Gendarmerie Katangaise. Le 30 août 1960, le lieutenant Vuylsteke reçut l’ordre du QG d’Elisabethville de détruire le bac permettant la traversée du Lomami à Mani à 81 km de Kabongo. Le but de cette opération était d’empêcher les troupes lumumbistes d’envahir le Katanga par cette voie. Ce bac avait déjà été coulé, mais la population l’avait renfloué. La majorité des gendarmes ex-FP refusa d’exécuter les ordres donnés par leur chef,  le lt Vuylsteke. Seuls 17 hommes de la petite garnison acceptèrent de l’accompagner à Mani. Il réussit à les convaincre d’embarquer dans un camion des « Travaux Publics », mais quelques mètres plus loin, le véhicule fut stoppé par des casques bleus éthiopiens de garde près des bâtiments de l’administration du territoire. Les gendarmes menacés par les armes des « Onusiens » évacuèrent la benne du camion et se mirent à discuter à l’écart avec des habitants baluba qui avaient observé l’incident. Le lieutenant Vuylsteke se rendit avec deux officiers éthiopiens et le conseiller technique De Strooper chez l’administrateur du territoire de Kabongo Dominique Ilunga qui fut chargé d’expliquer aux officiers de l’ONUC que l’opération avait été ordonnée par les autorités militaires du Katanga. Après une heure de discussions, le lieutenant Vuylsteke fut autorisé d’accomplir sa mission. Entretemps, ses hommes avaient à nouveau changé d’avis et réclamaient leur démobilisation immédiate et une feuille de route pour retourner chez eux. Le chauffeur du TPM (Travaux Publics) était parti avec la clé de contact du véhicule et vers 11h00, le lieutenant Vuylsteke ordonnait à ses hommes de lui remettre leurs armes suite à leur refus d’obéissance, mais le 1er sergent qui le secondait lui rétorqua que les hommes du peloton refusaient d’être désarmés s’ils ne recevaient par leur feuille de route. Leur attitude était favorisée par l’attitude de la population baluba hostile à la présence de forces katangaises dans la localité.  Le lendemain, ce peloton fut évacué vers Kamina avec ses armes. Les moniteurs de l’Ecole Professionnelle d’Agriculture  (EPA) prirent également le chemin de Kamina, car des lettres reçues de la délégation BBK de Kabongo les menaçaient de mort, eux et leur famille.

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